MAI 2012 : "La marche inspiratrice de Rousseau" racontée par Pierre Péju

Dans le cadre de notre programme "2012 : ANNÉE ROUSSEAU" au cours de laquelle nous commémorons sur tout le territoire du Parc de Chartreuse, le tricentenaire de la naissance du philosophe, nous vous invitons à...

...Une conférence promenade, sur les pas de Rousseau et de quelques autres écrivains marcheurs solitaires...


ANNONCE DE L’ÉVÉNEMENT CLIC ICI


UNE CONFÉRENCE PROMENADE SUR LA PROMENADE !

De la Grèce de SOCRATE marcheur « urbain » au Japon sur les pas de MATSUO BASHO, le poète voyageur, créateur d’ haïkus à l’Allemagne de NIETZSCHE jusqu’au Valais de JEAN JACQUES ROUSSEAU nous découvrirons à quel point la marche est inspiratrice, créatrice de pensées.


Guidés sur le chemin par PIERRE PÉJU, le créateur de la Petite Chartreuse, nous apprendrons que dans le fait de se promener le but est moins important que le fait de « passer », avancer vers…

Rousseau a dit clairement son plaisir, son intérêt, son idéal :

« Jamais je n’ai tant pensé, vécu, été moi que dans ce que j’ai fait seul et en marchant.. »

« J’aime marcher à mon aise et m’arrêter quand il me plait »

Il est bien le premier à avoir introduit dans la littérature et la philosophie l’importance de la marche à pied.

Il souligne aussi l’importance du corps dans la marche et tout ce qu’il ressent : élan, fatigue, mouvements, la nature qui l’entoure, la solitude, le souffle, l’effort..

A noter que marcher ainsi en solitaire est à son époque un acte de roturier .
Pour Rousseau il s’agit donc d’un engagement économique et politique : cette marche rapproche du peuple et crée un certain type de pensée.


Réflexions et citations de Pierre Péju pour soutenir sa thèse d’une pensée particulière générée par la marche :

- Pour Nietzche « la marche est un déséquilibre systématiquement rattrapé »
- Les pensées élaborées pendant la marche sont des idées nouvelles qui donnent à réfléchir, obligent à chercher un sens nouveau, ce qui amène à être en « déséquilibre » par rapport aux idées reçues. On se met en danger par le doute puis on trouve quelque chose, on se rattrape et on avance…
- Pierre Péju nous explique comment dans son roman « La petite chartreuse », il a conçu le paysage comme un personnage.


SOCRATE LE MARCHEUR QUI VA DU CONCRET A L’IDÉE

Revenant à la promenade annoncée, P. Péju nous invite sur les pas de Socrate qui marche dans Athènes.
Sa philosophie est liée à la marche dans la ville : l’accumulation d’objets, de scènes, d’anecdotes lui permet de partir du concret pour arriver à l’idée.
Il aura l’occasion de sortir de la ville et pourra constater, se sentant alors attiré vers le lyrique, le mythologique, que le changement de type de promenade modifie le type de pensée !


BASHO LE POÈTE ERRANT : DE L’ART MARTIAL AUX HAÏKUS

Basho, l’écrivain poète, à l’origine destiné à devenir samouraï, décide de partir, de marcher dans une certaine ascèse. Il voyage à pied, seul, par tous les temps à travers tout le Japon.
Chaque soir, arrivant à sa halte, il va élaborer ses fameux haïkus  : poèmes courts aux règles très strictes, de 17 syllabes en traduction française.
Pour y arriver il a fallu marcher toute la journée : à main levée, avec son pinceau, il écrira d’un seul jet tout ce qu’il a médité dans la journée.

« Herb
es de l’été.
Des valeureux guerriers
La trace d’un songe. »
« Paix du vieil étang.
Une grenouille plonge.
Bruit de l’eau. »
« Brume et pluie.
Fuji caché. Mais maintenant je vais
Content. »

Quel meilleur exemple de marche inspiratrice !


LES ROMANTIQUES ALLEMANDS : L’ERRANCE COMME VALEUR


Le Voyageur contemplant une mer de nuages de Casper David Friedrich (1818)

Et que dire du rapport à la marche des romantiques et particulièrement des romantiques allemands qui ont tous été des lecteurs assidus de Rousseau !

On ne peut, dans l’ Allemagne romantique, séparer pensée et poésie, pensée et acte de marcher.

Le mot ERRANCE caractérise l’époque.
Le romantisme nait du sentiment que quelque chose a été perdu mais que l’on peut en conserver au moins des fragments.
On les cherche dans la nature qui évoque la pureté.
Marcher dans le paysage provoque un type de pensée et de poésie « musicales » : les nuages, les torrents, le vent, le chant des oiseaux, autant d’éléments que l’on retrouvera dans la peinture romantique.


NIETZSCHE, LE PLUS GRAND « PENSEUR-MARCHEUR »

Il a même théorisé le « penser-marcher », par exemple dans « Le voyageur et son ombre »
L’errant ne s’attache à rien et son désir de mouvement, sa
« bougeotte » est absolue.
La philosophie de Nietzsche sera en permanence en lien avec les paysages traversés.
- En Suisse  : en traversant les vallées d’altitude, austères et nues où il marche seul, il élabore l’aspect de sa pensée le plus risqué : la notion de surhomme, la notion « d’éternel retour » (pense à ce qui t’arrive comme si cela devait t’arriver éternellement..)

Le lac de Silvaplana, haut lieu nietzschéen !

- En Italie  : au bord de la Méditerranée, sa pensée est plus solaire l’entrainant vers une recherche d’accord avec le cosmos .


SELON OÙ JE MARCHE JE NE PENSE PAS DE LA MÊME MANIÈRE

La pensée vient en marchant est une évidence moderne.

- Baudelaire établit une forme de marche moderne dans la ville.
- Les surréalistes (Aragon, Breton) cherchent des lieux de hasard qui provoquent le surréalisme.
- WALTER BENJAMIN ira même jusqu’à instaurer la marche dans les passages commerçants parisiens, ce qui lui permet d’élaborer une poétique,
« une esthétique du capitalisme »


Cette promenade du corps et de la pensée a captivé plus de 85 auditeurs et nombreux sont ceux qui ont accouru à la séance de dédicace de Pierre Péju qui s’en est suivie.

Grand succès pour une conférence qui sera de nouveau présentée en novembre prochain au Muséum d’Histoire Naturelle de Grenoble.

JPEG - 17.2 ko