OCTOBRE 2012 : le vin, la pierre et l’esprit dans le paysage de Myans


Dans le cadre de notre programme
"LE PATRIMOINE ET LA CULTURE EN CHARTREUSE"


Avant de lire ce compte rendu, consultez l’article de présentation de cette sortie

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Ce samedi 20 octobre, plus de vingt participants ont rejoint le nord du Massif pour découvrir la Chartreuse sous un autre angle.

Un paysage... de la matière et un regard

Partant du principe qu’un paysage est devant mais aussi derrière le regard, Jean-Pierre BLAZIN nous a présenté la vision qu’il se fait du paysage.
Pour lui un paysage est vivant et nous l’approchons avec tous nos sens.

Sur la commune de Myans, un large panorama circulaire et changeant se présente à l’œil de l’observateur :

- il peut apercevoir 4 massifs

  • la Dent du Chat de la chaîne jurassienne
  • les Bauges
  • la chaîne des Belledones
  • le massif de la Chartreuse avec notamment la falaise éboulée du Granier

- l’omniprésence de la vigne et de vignobles

- des éléments symboliques

  • la statue de sanctuaire de Myans
  • des blocs calcaires issus de l’éboulement du Granier qui nourrissent de nombreuses légendes
  • l’oppidum de Saint Saturnin
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Jean-Pierre BLAZIN, par la description des éléments structurants, a pu nous expliquer la genèse de ce paysage marqué par la présence des hommes.

Depuis l’Antiquité, la combe de Savoie est un axe de communication important comme l’attestent plusieurs points de contrôles :

  • l’oppidum de Chignin et sa forteresse restaurée par les Chartreux
  • l’oppidum de Saint Saturnin qui domine Chambéry

La Chapelle Saint Michel, la Croix Nivolet, les nombreux clochers alentours et la toponymie locale témoignent quant à eux de l’omniprésence des religieux.
C’est en effet à partir du XII siècle qu’un essaimage des établissements religieux dépendants de l’abbaye de Tamié s’est réalisé.
Il a eu pour finalité la création de villages et la modification de l’espace par le développement de la culture de la vigne.

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Même s’ils ont évolué, ces paysages sont ceux que Rousseau a observé lors de ses séjours en Savoie.
"Ses montagnes", longuement décrites, le rendaient nostalgique mais le nourrissaient et lui permettaient de bâtir des repères dans sa vie.

Le saviez-vous ?
Comme de nombreux personnages des Lumières, Rousseau s’intéresse à à une multitude de sujets. L’astronomie était une de ses passions méconnues.
M. André Morfin, président du club d’astronomie de l’agglomération chambérienne, nous a éclairé sur ce sujet.
L’axe Chambéry / Combe de Savoie était un site remarquable pour l’observation de la voute étoilée du fait de son orientation vers le sud, de son delta qui s’élargit et de son horizon bas.
Rousseau pouvait donc s’adonner à sa passion lors de ses séjours aux Charmettes.
Aujourd’hui, du fait de la pollution lumineuse de l’agglomération, ces observations sont rendues très difficiles !

Trop d’éclairage nuit !

Les Abymes du Granier, terre de l’AOC Vin de Savoie

De nombreux blocs de calcaire parsèment les vallons de moraines sur lesquels prennent place les cépages.
Comme chacun le sait, ils proviennent du Mont Granier et des imposantes falaises qui dominent la commune.
Les récentes études de l’Université de Savoie sont en revanche moins connues. Elles montrent que plusieurs éboulements antérieurs à celui de la nuit du 24 au 25 novembre 1248 auraient eu lieu.
Les scientifiques se questionnent aussi quant à l’origine de cet effondrement. La thèse la plus crédible serait non pas celle d’un séisme mais celle liée à la nature même des roches constituant le Massif.
Des calcaires perméables à l’origine d’une multitude de cavités qui reposent sur des nappes marneuses imperméables. Suite aux importantes forces qui s’appliquent à l’échelle du Massif, un glissement par affaissement de cavité se serait produit.
Aujourd’hui l’Université de Savoie a installé des capteurs qui contrôlent les mouvements du Granier.

Une catastrophe naturelle qui a profondément marqué les paysages, les mentalités et l’histoire

Au delà du bilan très approximatif qui fait état d’un millier de morts et de 5 millions de m3 effondrés, ce que Jean-Pierre BLAZIN a mis en avant ce sont les impressions laissées par ce phénomène exceptionnel.
Cette catastrophe a été relatée par 10 auteurs religieux. Tous exposent un lien de cause à effet qui vise à punir les Savoyards des méfaits qu’ils ont pu accomplir. Ce sont les divinités qui les sanctionnent et qui provoquent des séismes comme l’a expliqué Mathieu Paris, un bénédictin anglais.
Ces récits se sont dispersés à travers toute l’Europe et ils ont alimenté de nombreuses légendes encore connues aujourd’hui.
"Quand la foi déplace les montagnes"...

Après une dégustation des vins de Savoie proposée par la commune, chacun a partagé son pique nique dans la salle des fêtes.
Jean-Pierre BLAZIN nous a fait un exposé sur le thème des paysages et de ses représentations.

Lire le compte rendu de cet exposé dans l’article
LE PAYSAGE AVANT ET APRÈS ROUSSEAU : LA NAISSANCE DU ROMANTISME

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Une belle conclusion pour cette journée riche en enseignements qui a été très appréciée des participants.


Merci à nos partenaires qui ont rendu cette journée possible :