L’ALÉSAGE DES TUNNELS DES GORGES DU GUIERS MORT

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Une atteinte au potentiel d’un site exceptionnel

Le projet d’alésage des tunnels des gorges du Guiers Mort suscite les plus expresses réserves de la part de l’Association des Amis du Parc Naturel Régional de Chartreuse et de ses associations adhérentes.

Trois séries de remarques viennent étayer cette opposition résolue :

Du point de vue paysager : le réalésage des tunnels, malgré les précautions prises, ne peut que porter atteinte au caractère pittoresque et mondialement connu des gorges du Guiers Mort. Les projections de béton, même si elles épargnent les entrées et sorties des tunnels, conduiront fatalement à une banalisation de ces ouvrages et porteront atteinte à leur caractère. Par ailleurs, la fragilité de ces ouvrages les expose à un danger d’effondrement pour certains, ou à la survenue de problèmes inattendus dont la résolution portera atteinte aux précautions annoncées.

Du point de vue d’un développement durable : En période de révision de la Charte du PNR de Chartreuse (qui ne semble pas aller de soi) il apparaît curieux que des élus et des collectivités partenaires du Parc promeuvent des travaux qui s’inscrivent à rebours des principes mêmes d’un développement durable.

-  La première atteinte est constituée par l’absence totale de justification étayée de ces travaux : aucune études ou relevés, rendus publiques et discutés, ne permet d’apprécier l’impact négatif de cette route sur la sécurité ou sur le développement économique . Les arguments présentés ne font que réactualiser, naïvement et sommairement, le point de vue du « tout automobile » : plus large, plus droit, plus lisse. Une telle position conduit inexorablement à la banalisation des sites au profit des aménagements standardisés propices à la conduite automobile.

-  La seconde atteinte est constituée par le choix socio économique sous jacent à ces travaux. A-t-on jamais vu des aménagements routiers de ce type se traduire par une diminution du trafic et de la vitesse ? Non, et toutes les expériences récentes le prouvent : les aménagements routiers accroissent et intensifient le trafic. Le choix n’est pas anodin, dans un PNR, de préférer financer des aménagements accroissant la charge sur la voirie plutôt que des solutions alternatives de type navette. (voir propositions de la FRAPNA). De plus, il est de notoriété publique que Saint Pierre de Chartreuse connaît des difficultés majeures de stationnement et de dégagement automobile durant la saison d’hiver et lors des manifestations d’été. (il en est de même pour Saint Laurent du Pont). La priorité, irréfléchie, à la circulation automobile individuelle ne fera qu’accroître le problème.

-  Enfin, on ne peut qu’être étonné du choix de développement implicite proposé fondé principalement sur un accroissement de la fréquentation des sites desservis par la route. Les exemples, affligeants, du Charmant Som et du cirque de Saint Même, montrent combien les caractéristiques d’un site emblématique résistent mal à une sur fréquentation (favorisée par l’automobile). La priorité financière donnée à une opération qui pèsera sur un patrimoine fragile, au détriment de la préservation et de la mise en valeur de celui-ci ne peut que laisser interrogatif.

Indéniablement, de telles options ne peuvent que venir à charge du Parc de Chartreuse dans le cadre de l’enquête publique qui devra valider la future Charte.

Du point de vue de la sécurité routière le paradoxe atteint à son comble. Les tunnels jouent un rôle naturel de modérateurs du trafic et de la vitesse. Au moment où de nombreuses collectivités locales s’évertuent à créer des obstacles artificiels sur les chaussées pour modérer la vitesse et dissuader des automobiles et des véhicules utilitaires d’accéder à certains sites, il est proposé de déroger au caractère « classé » des tunnels pour des travaux qui entraîneront : - Une augmentation de la vitesse des véhicules, avec les conséquences imaginables. - Un accroissement du trafic automobile individuel - Une intensification de la circulation de véhicules utilitaires à fort gabarit, qui entreront en conflit d’usage avec la circulation automobile des particuliers, elle même en augmentation ! - Une augmentation de la capacité de charge des grumiers, et d’autres véhicules de transport, facteur de risque pour les autres usagers et de dégradation accélérée de la chaussée et des autres ouvrages d’art (les ponts) .

Le caractère contre productif d’une telle initiative s’impose à l’évidence, ainsi que son orientation contradictoire avec la politique de sécurité routière menée énergiquement par les pouvoirs publics.

Les Amis du Parc Naturel Régional de Chartreuse tiennent à souligner le caractère infondé et inopportun de l’initiative de réalésage des tunnels du Guiers Mort.

La fragilité des raisons invoquées résulte assurément d’un débat public insuffisant qui aurait permis de confronter les perceptions des uns et des autres et d’apprécier les propositions des techniciens.

Aussi apparaît-il urgent, non seulement de surseoir à toute décision portant atteinte à l’intégrité des tunnels, mais aussi de créer les conditions d’une discussion, se déroulant dans le cadre participatif et citoyen qu’un Parc Naturel Régional se doit de promouvoir.

décembre 2005

Voir article FNASSEM

 



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Argumentaire complémentaire